Peut-on juger « objectivement » l’architecture ? – Octobre 2014

Peut-on juger « objectivement » l’architecture ?

Golf Stars propose une classification 100% objective des golfs français, et entend ainsi aider les golfeurs à choisir le club qui leur convient avec l’assurance de ne pas se tromper. Pour atteindre cette louable ambition, Golf Stars passe au crible chaque site selon des critères d’évaluation incontestables couvrant tous les aspects pouvant intéresser un visiteur : terrain, club-house, restauration, enseignement etc.

Ce faisant, l’initiative Golf Stars pose une question cruciale concernant l’architecture de golf : dans quelle mesure peut-on évaluer objectivement un parcours ? Existe-t-il des critères de qualité incontestables permettant de noter un tracé et d’établir une hiérarchie entre chacun ?

À l’évidence un parcours de golf n’est pas un équipement sportif comme les autres. Contrairement aux terrains de football ou aux courts de tennis, ses concepteurs disposent d’une grande liberté de création. Ils doivent certes respecter de nombreuses règles d’usage (nombre et longueur des trous, nombre de bunkers, surface des greens etc.) mais cela ne réduit en rien la dimension créative de leur profession. Tantôt paysage tantôt jardin, un parcours est une œuvre de l’esprit, le produit complexe d’une science du jeu, d’une culture et d’un imaginaire. La composante artistique de l’architecture de golf est donc indéniable et comme toute forme d’art, elle se prête difficilement au jugement objectif. Son appréciation reste avant tout affaire d’opinion étant entendu qu’elle ne peut ni ne veut plaire à tout le monde.

Hardelot les Pins 15

Autre écueil de la méthode objective, son incapacité à tenir compte du contexte. Un parcours de golf naît des opportunités et des contraintes posées par un site donné (nature du sol, reliefs, paysages etc.) et parmi les réponses proposées par l’architecte il n’y a pas de vérité absolue. Faut-il par exemple qu’un parcours soit bordé d’arbres ? C’est là un agrément indéniable en Région parisienne, mais une vraie nuisance pour un links de bord de mer. Deux par 3 consécutifs sont-ils une absurdité ? C’est pourtant un trait commun à deux des plus grands parcours du monde : Cypress Point et Pacific Dunes. Malgré toutes les règles du jeu qu’elle entend servir, l’architecture ne peut pas rentrer dans les cases de la grille objective. Elle invite plutôt les joueurs à la juger en toute subjectivité, et c’est de la somme de leurs avis que peut éventuellement émerger une forme de consensus.

Le touquet Mer 2

Conscient de ces limites, la grille Golf Stars n’affiche que très peu de critères architecturaux. En revanche, l’entretien et les aménagements du terrain sont scrutés à la loupe et prennent une part essentielle dans la note « parcours » attribuée à chaque site. On ne soulignera jamais assez l’importance du greenkeeping dans l’architecture. Les meilleurs designs peuvent perdre toute leur saveur sans un entretien de qualité et à l’inverse, un parcours médiocre mais bien présenté ne sera jamais totalement dépourvu d’intérêt.

Finalement, la meilleure façon d’apprécier un tracé reste de le jouer, de le rejouer, et de s’éduquer l’œil en visitant le plus grand nombre de parcours possible. C’est là ce à quoi nous invite Golf Stars en nous proposant son regard neuf sur le paysage golfique français et bientôt européen. Souhaitons longue vie et beaucoup de succès à cette audacieuse entreprise.

P Boissonnas

Patrice Boissonnas – Architecte de golf